L’occlusodontie posturale : comprendre l’occlusion dans l’équilibre fonctionnel du corps

 

L'essentiel en quelques lignes

L'occlusion dentaire, c'est-à-dire la manière dont les dents entrent en contact, participe au fonctionnement de la mâchoire, de ses articulations et des muscles qui l'entourent.

Cet équilibre évolue tout au long de la vie et fait appel aux capacités d'adaptation de chacun.

L'occlusodontie posturale propose d'examiner ces relations dans un environnement fonctionnel plus large, notamment musculaire et cranio-cervical, afin de mieux comprendre l'origine et l'évolution de certains déséquilibres.

Notre démarche consiste à rechercher pourquoi cet équilibre s'est modifié, à identifier les contraintes susceptibles de l'entretenir et à favoriser les conditions d'une meilleure adaptation.

Lorsque cela est indiqué, des dispositifs occlusaux provisoires permettent d'observer progressivement la réponse du patient avant d'envisager un traitement durable.

Cette approche s'inscrit dans une Santé Dentaire Intégrative, attentive à l'histoire, aux fonctions et au terrain propre à chaque patient.

 

Pour en savoir davantage sur notre démarche clinique

L'occlusodontie étudie les relations entre les contacts dentaires, la dynamique mandibulaire, les articulations temporo-mandibulaires (ATM) et les muscles participant aux fonctions oro-faciales.

Dans notre approche, l'occlusion est également observée dans son environnement fonctionnel plus large, notamment cranio-cervical et neuromusculaire. L'objectif est de comprendre comment le patient s'est adapté au cours du temps et dans quelles conditions son équilibre fonctionnel s'est organisé.

L'occlusion : un équilibre dynamique en adaptation permanente

L'occlusion évolue tout au long de la vie sous l'influence de nombreux facteurs : croissance, vieillissement, usure dentaire, pertes ou déplacements dentaires, restaurations, traitements orthodontiques ou prothétiques, fonctions oro-faciales, parafonctions et évolution de l'environnement musculaire.

Le système manducateur possède d'importantes capacités d'adaptation. Une modification occlusale peut ainsi être longtemps compensée et parfaitement tolérée.

La question clinique devient donc :

Le système dispose-t-il encore des capacités nécessaires pour s'adapter à son évolution occlusale ?

ÉVOLUTION DE L'OCCLUSION ↔ ADAPTATION DU SYSTÈME ↔ COMPENSATION

Lorsque les contraintes auxquelles le patient est soumis deviennent supérieures à ses capacités d'adaptation, un déséquilibre fonctionnel peut apparaître.

CONTRAINTES > CAPACITÉS D'ADAPTATION → DÉCOMPENSATION → EXPRESSION CLINIQUE

Douleurs ou tensions des muscles masticateurs, limitation ou inconfort mandibulaire, signes articulaires, céphalées ou manifestations cervicales peuvent alors conduire à rechercher la participation éventuelle du système manducateur parmi les différents facteurs susceptibles d'intervenir.

Comprendre pourquoi l'équilibre s'est modifié

Une équilibration des contacts dentaires peut améliorer certaines situations sans expliquer, à elle seule, pourquoi le patient en est arrivé à cet état.

L'examen recherche donc l'histoire du déséquilibre et les facteurs susceptibles de participer à son maintien.

Il peut notamment prendre en considération :

  • les contacts dentaires et leur évolution ;
  • la dynamique mandibulaire ;
  • les ATM ;
  • les muscles masticateurs ;
  • la langue et les fonctions oro-faciales ;
  • l'espace disponible au sein des arcades ;
  • l'environnement cranio-cervical ;
  • la mobilité cervicale ;
  • les tensions musculaires ;
  • le bruxisme et les autres parafonctions ;
  • les traitements dentaires, orthodontiques ou prothétiques antérieurs.

L'objectif est de replacer l'occlusion dans l'organisation fonctionnelle propre à chaque patient.

Observer avant de modifier durablement

Lorsque cela paraît utile, certains éléments fonctionnels peuvent être observés comparativement avant et après une modification mandibulaire ou occlusale provisoire : confort, mobilité mandibulaire ou cervicale, tensions musculaires et certains paramètres de l'organisation posturale.

Ces observations contribuent au raisonnement clinique lorsqu'elles sont cohérentes avec l'ensemble de l'examen et reproductibles au cours du suivi.

Les outils instrumentaux - analyse numérique de l'occlusion, électromyographie de surface ou imagerie lorsqu'elle est indiquée - peuvent apporter des informations complémentaires. L'examen clinique reste essentiel pour intégrer les contacts dentaires, la dynamique mandibulaire, les ATM, les muscles et surtout la réponse du patient au cours du temps.

Une approche réversible et progressive

Dans certaines situations, des gouttières occlusales provisoires, parfois unilatérales selon la situation clinique, peuvent être utilisées pour rechercher un environnement fonctionnel mieux toléré avant d'envisager une modification durable des structures dentaires.

La démarche devient alors progressive :

MODIFICATION OCCLUSALE PROVISOIRE → ADAPTATION → OBSERVATION → RÉGLAGE → NOUVELLE ADAPTATION → VÉRIFICATION CLINIQUE → DÉCISION

Le temps devient ainsi un élément de l'évaluation : la manière dont le patient répond à une modification provisoire apporte des informations utiles pour orienter la suite de la prise en charge.

Orthodontie fonctionnelle et équilibre occlusal

Dans certaines situations, l'équilibre occlusal dépend des conditions dento-alvéolaires et fonctionnelles dans lesquelles il s'établit.

L'orthodontie fonctionnelle peut alors constituer une étape préalable ou complémentaire à l'occlusodontie afin de créer un environnement plus favorable à l'organisation fonctionnelle recherchée.

Une prise en charge qui peut devenir multidisciplinaire

Lorsqu'une situation dépasse le seul domaine odontologique, une collaboration avec d'autres professionnels de santé peut compléter l'évaluation et la prise en charge, selon les besoins du patient.

L'objectif reste de déterminer la place réelle de l'occlusion dans une situation multifactorielle, plutôt que de lui attribuer systématiquement l'ensemble des manifestations observées.

État actuel des connaissances

Les connaissances disponibles soutiennent l'existence d'interactions anatomiques, proprioceptives et neuromusculaires entre le système manducateur et son environnement cranio-cervical. Des associations avec certains paramètres posturaux ont également été rapportées.

Leur importance clinique, leur direction causale et leur reproductibilité restent variables selon les situations étudiées et les méthodes d'évaluation. Ces données invitent à considérer l'occlusion comme l'un des éléments d'un système fonctionnel multifactoriel plutôt qu'à lui attribuer systématiquement une causalité posturale.

L'occlusodontie dans une démarche de Santé Dentaire Intégrative

L'objectif est de rechercher un environnement occlusal, musculo-articulaire et fonctionnel aussi équilibré que possible, compatible avec les capacités d'adaptation du patient et avec l'évolution naturelle de son système manducateur.

La démarche peut se résumer ainsi :

CONSTATER LE DÉSÉQUILIBRE → COMPRENDRE SON HISTOIRE → IDENTIFIER LES CONTRAINTES → ÉVALUER LES CAPACITÉS D'ADAPTATION → AGIR → OBSERVER L'ÉVOLUTION → RÉÉVALUER

La difficulté n'est pas seulement d'équilibrer une occlusion, mais de savoir sur quelle organisation fonctionnelle nous construisons cet équilibre. Une occlusion réalisée sur une compensation risque de pérenniser cette compensation.

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