Prothèse dentaire sans métal
Prothèses dites "metal free"
La prothèse dentaire dite « metal free » privilégie des restaurations sans armature métallique, notamment en céramique, pour restaurer une dent endommagée ou remplacer une dent absente.
Les céramiques dentaires modernes permettent aujourd’hui d’associer esthétique, précision, résistance mécanique et excellente intégration tissulaire. Selon l’indication clinique, différentes familles de matériaux peuvent être utilisées, notamment le disilicate de lithium ou la zircone.
Dans notre démarche de dentisterie intégrative, nous sélectionnons les matériaux en tenant compte non seulement de leurs qualités mécaniques et esthétiques, mais également de leur composition, de leur biocompatibilité, de leur stabilité et de leur comportement dans l’environnement buccal.
Une démarche de précaution vis-à-vis du BPA
Le BPA et ses dérivés
Le bisphénol A (BPA) occupe une place particulière dans notre réflexion sur le choix des matériaux dentaires. Le BPA est un perturbateur endocrinien, capable d'interférer avec différents mécanismes de régulation hormonale.
Le BPA intervient dans la synthèse ou la structure chimique de plusieurs monomères utilisés dans les matériaux résineux dentaires, notamment le Bis-GMA (bisphénol A-glycidyl méthacrylate), le Bis-EMA (bisphénol A éthoxylé diméthacrylate) et le Bis-DMA (bisphénol A diméthacrylate)
La présence de cette famille chimique dans les composites dentaires est particulièrement importante. Une étude européenne publiée en 2016, portant sur 160 composites commercialisés par 31 fabricants, a permis d'établir la composition de 130 d'entre eux : 86 % contenaient au moins un dérivé du BPA, et près de 75 % du Bis-GMA.
C'est pourquoi nous avons fait le choix de privilégier des matériaux exempts de BPA et de monomères dérivés du BPA, comme nous le faisons plus largement pour tout matériau dont nous souhaitons éviter l'exposition, tout en conservant les propriétés mécaniques, fonctionnelles et esthétiques indispensables à la qualité et à la pérennité des restaurations.
État actuel des connaissances
Les effets du BPA font l'objet d'une littérature scientifique internationale considérable. Les recherches expérimentales et les études réalisées chez l'être humain ont conduit à étudier son influence sur de nombreux systèmes biologiques.
Chez l'être humain, l'exposition au BPA a notamment été étudiée en relation avec des perturbations hormonales et reproductives, la fertilité masculine et féminine, la puberté précoce chez les filles, le syndrome des ovaires polykystiques, l'obésité, le diabète de type 2, l'hypertension, les maladies cardiovasculaires, certains phénomènes inflammatoires et immunitaires, les maladies allergiques et certaines atteintes rénales.
Les cancers hormonodépendants, notamment ceux du sein et de la prostate, font également l'objet de recherches en raison des propriétés endocriniennes du BPA et de mécanismes biologiques expérimentalement décrits. Les études épidémiologiques humaines disponibles présentent actuellement des résultats variables et rencontrent notamment la difficulté de reconstituer l'exposition au BPA pendant les longues périodes précédant l'apparition d'un cancer.
La question des faibles doses, des périodes particulièrement sensibles du développement, de la répétition des expositions et des différences de susceptibilité individuelle occupe une place importante dans l'évaluation des perturbateurs endocriniens.
Dans la vie quotidienne, l'être humain est simultanément exposé à de très nombreuses substances provenant de son alimentation, de l'eau, de l'air et de son environnement. Dans une pensée intégrative, chaque exposition s'inscrit donc dans un ensemble de contraintes susceptibles d'interagir avec le monde du vivant propre à chaque patient.
Notre démarche consiste à éviter autant que possible d'ajouter une exposition évitable lorsqu'une alternative répondant aux exigences thérapeutiques est disponible.
Nous sélectionnons ainsi en premier lieu des matériaux présentant un profil de biocompatibilité aussi favorable que possible, puis, parmi les solutions cliniquement adaptées, recherchons celles qui correspondent le mieux aux caractéristiques et aux sensibilités propres à chaque patient.
La compatibilité d'une restauration est ainsi envisagée dans son ensemble : patient × matériau × environnement × temps.
Biocompatibilité générale et tolérance individuelle
Un matériau présentant une bonne biocompatibilité générale n’est pas nécessairement toléré de manière identique par tous les patients.
Parmi les matériaux préalablement sélectionnés pour leur profil de biocompatibilité, nous recherchons donc, lorsque cela est pertinent, celui qui apparaît, au regard des éléments cliniques et biologiques disponibles, le mieux adapté à chaque patient et présentant le profil de tolérance individuelle le plus favorable.
Cette évaluation peut, selon les situations, associer l’interrogatoire clinique, l’analyse des matériaux présents, les données scientifiques et techniques disponibles, des tests adaptés lorsqu’ils sont indiqués et l’observation clinique de la tolérance du patient.
Aucun de ces éléments n’est considéré isolément. La compatibilité résulte d’un ensemble de facteurs susceptibles d’évoluer et d’interagir.
Le temps fait partie de la compatibilité
Un matériau placé en bouche est soumis en permanence à la salive, aux variations de température et de pH, aux contraintes mécaniques, aux enzymes ainsi qu’aux interactions avec les autres matériaux présents.
Ces différents facteurs peuvent influencer son comportement, ses interfaces, son vieillissement et, pour certains matériaux, le relargage de certains constituants.
Sa compatibilité ne peut donc être envisagée uniquement au moment de sa mise en place. Elle s’inscrit dans une relation dynamique et nécessite d’être réévaluée dans le temps :
patient × matériau × environnement × temps.
Cette réévaluation s’intègre naturellement au suivi clinique et permet de tenir compte de l’évolution de la restauration, de son environnement buccal et de la situation générale du patient.
D’autres matériaux sans métal
Selon les indications, d’autres familles de biomatériaux peuvent également trouver leur place dans une approche sans métal. Dans notre pratique, ils sont sélectionnés selon le même principe de précaution vis-à-vis du BPA et de ses dérivés.
Il peut notamment s’agir de certains polymères haute performance comme le PEEK, de certains polyamides thermoplastiques utilisés en prothèse amovible, ainsi que de composites spécifiquement sélectionnés pour leur composition et formulés sans BPA ni dérivés du BPA.
Leur indication dépend de leurs propriétés mécaniques et biologiques, du type de restauration envisagé et des caractéristiques propres au patient.
L’appellation « sans métal » ne constitue donc pas, à elle seule, un critère suffisant de biocompatibilité : la composition, les propriétés et le comportement du matériau dans son environnement doivent également être considérés.
Notre objectif
Notre objectif est ainsi double : sélectionner des matériaux présentant un profil de biocompatibilité aussi favorable que possible, puis rechercher, parmi eux, celui qui apparaît le mieux adapté au contexte biologique et clinique propre à chaque patient.
Cette démarche s’inscrit dans un principe plus général de notre pratique : réduire autant que possible les expositions et les contraintes évitables afin de créer les conditions les plus favorables à l’équilibre biologique et à la pérennité des soins.